Maroc ! Au début du 20eme siècle, cette portion de l'Afrique était pleine de mystère...
Pays inconnu et méconnu… En un quart de siècle, le Maroc s’ouvrit au monde et le monde y accourt en foule.
Ceux qui viennent y travailler, sont surpris d'y trouver tant de richesses inexploitées, tandis que les touristes, plongés subitement dans des coutumes et dans une vie qui n'ont pas évolué depuis mille ans, sont séduits par l'originalité de cette civilisation.
Tous découvrent un peuple vif et intelligent. À première vue, le Maroc est facile à sonder et à connaître mais, quand on en approfondit l'étude, on constate que, sur le sol du Moghreb, des invasions successives ont apporté des races différentes qui n'ont mêlé ni leur sang, ni leurs moeurs, ni leurs religions. Dès les époques très reculées, les berbères refoulèrent sur les montagnes du rif les habitants primitifs tandis qu'eux-mêmes occupaient tout le reste du pays.
À leur tour, les berbères subirent les invasions passagères des Phéniciens qui laissèrent des comptoirs fortifiés sur la côte de l'Atlantique, des Romains dont les ruines de Volubilis attestent la prospérité, des Vandales et des Byzantins.
Pour guide trois "grand Marocains", trois hommes de génie. Ils vous diront dans quel esprit on doit voir et aimer cet incomparable pays. Loti a chanté la poésie du Moghreb, farouchement voilé comme ses femmes, immuable et dédaigneux ou ses haillons gris.
Avec l'incomparable écrivain, nous nous assiérons à l'ombre des riches mosquées, qui gardent inviolable leur secret et nous nous laisserons bercer par la voix triste des musettes bédouines. Loti ne vit le Maroc que superficiellement, en caravane diplomatique. Quelques années avant lui, en 1882, un officier doublé d'un savant, d'un psychologue et d'un poète, avait eu l'audace téméraire de parcourir le bled et d'entrer en contact avec le peuple des villes et des champs. Cet explorateur inégalé est le vicomte Charles de Foucauld, devenu plus tard le père de Foucauld, apôtre, martyr, conquérant du Sahara.il parcourut, en 11 mois, plus de 4000 Km, à travers ce pays où aucune route n'était encore tracée. Premier européen, il pénétra dans le rif et dans les villes hostiles dont le nom était encore totalement islamique : Fas, Mekines, R'bat. Ayant visité tout le pays, il rapporta de son exploration une profusion de données scientifiques, 3000 Km d'itinéraires nouveaux, 45 longitudes, 40 latitudes, 3000 altitudes... et, plus encore que toutes ces données scientifiques, la connaissance de l'âme marocaine. De Foucauld soit au Maroc, soit plus tard au Sahara semble avoir donné comme but à sa vie d'ouvrir les voies…..Son effort de deux ans au Maroc eut pour résultat d'établir une première carte du pays. Il découvrit géographiquement cet empire peuplé d’ environs 5 millions d'habitants. Dès sa première exploration, il découvrit ce qu'est géographiquement le Maroc : la pointe extrême de l'Afrique qui dresse au Nord, contre les vents de la Méditerranée et parallèlement à cette mer, la chaîne du rif, pauvre de récolte mais riche de promesses minière et qui, à l'Ouest, barre la route aux vents de l'Atlantique et élève parallèlement à l'océan, les deux chaînes du moyen et du Haut Atlas. L'Atlas et le rif forment comme un T de montagnes dans les intervalles duquel les terres fertiles abondent. Depuis de Foucauld, on a coutume de dire que le Maroc est une terre froide où le soleil est chaud. Rien n'est plus vrai pour l'intérieur des terres et pour les hauts plateaux, mais la côte, de Tanger à Agadir, est essentiellement tempérée en toute saison ainsi que le vaste arrière-pays entre océan et Atlas dont les plaines du Gharb, de la Chaouia à et du Doukkala, très fertiles, promettent de mirifiques récoltes…. Le domaine des sultans forme un tout homogène qu'on aurait dû, normalement, attribuer à un seul pays protecteur. Le maréchal Lyautey, poète comme Loti, psychologue comme de Foucauld, ce soldat a conquis le pays, plus par le coeur que par les armes. Prodige inouï, nouveauté sensationnelle dans les annales coloniales du monde, Lyautey est plus diplomate que militaire. Aux cités immuables, il laisse leur vie propre, aux hommes leur religion, leur costume, leurs moeurs. Il garde à toute chose sa fonction, son charme et son mystère tandis que, par un coup de génie, il crée, à côté d'une vie arriérée et lente, une vie intense et moderne. En 15 ans, il fait surgir de terre un empire splendide avec des ports scientifiquement équipés mais dans lesquels le grand paquebot n'a pas tué la barque du pécheur, avec des routes où circulent les confortables autocars tandis que, parallèlement, sur des pistes, s'en vont les interminables caravanes de chameaux et de bourricots. Les palace "confort moderne" ont surgi à côté des ruelles sombres, pleines de mouvement grouillant, les marchés modernes se sont établis non loin des fameux souks, les théâtres illuminés s'élèvent sur la place même où les charmeurs de serpents, les conteurs arabes, les marabouts entourés de fidèles, rythment leurs prières au son des tambourins. Un empire magnifique et puissant, unique par sa diversité, s'offre aux regards des étrangers blasés. Un des mérites essentiels de Lyautey fut de maintenir à ce pays son caractère, tout en l'appelant à une vie moderne plus large. On peut dire que le maréchal a créé un vaste musée animé, dont les acteurs sont les marocains, où l'on voit se dérouler la vie arabe et berbère telles qu'on les aurait trouvées dans ces mêmes lieux, il y a siècles… Cette méthode de conservation s'est étendue à toute l'activité marocaine et même à l'administration du pays. Les sultans détiennent une autorité absolue. Maîtres de la justice, de la diplomatie, de la religion, des finances, ils délèguent leurs pouvoirs aux caïds dans les tribus, aux pachas dans les villes. Lyautey n'a pas brisé les cadres de ce pouvoir absolu. Dans le mécanisme ancien, il a simplement glissé des collaborateurs français, officiers ou civils qui aident, surveillent et doublent administration première. Le sultan a gardé ses ministres, ses grands vizirs, avec leurs prérogatives. Le résident général, au point de vue marocain, est seulement ministre des affaires étrangères du sultan. Dans les tribus et dans les villes, les caïds continuent de rendre la justice, d'assurer l'ordre et de représenter le pouvoir Maghzen. Pour certains de ses hauts fonctionnaires, la charge est presque héréditaire et leurs familles fondent de véritables dynasties, souvent plus puissantes, dans leurs zones, que le sultan lui-même. Dans le Nord, les territoires confiés aux caïds sont relativement restreints, mais dans le sud, existe les "Grands Caïds" dont le plus célèbre, el Glaouï, pacha tout cela, et même le régime de la propriété pourtant surannée, Lyautey l'a conservé. Au point de vue de l'art il a poussé au plus haut point ce génie de la conservation pour que les vieilles villes arabes gardent leur caractère… Une équipe d'hommes d'un goût parfait s'est appliquée à garder et à restaurer les remparts, les portes vénérables, les bordjs et tout le système des fortifications anciennes. Ces artistes ont ainsi conservé l'art marocain dans toute sa pureté, le rétablissant même là où une emprise trop moderne en avait dévié le sens. Cet étonnant pays serait difficile à comprendre sans les trois guides que je vous propose. Mais en leur compagnie, nous pouvons nous aventurer. Avec leurs méthodes, avec leurs yeux, avec leur coeur, nous sommes assurés de découvrir vraiment le Maroc. A 14 Km de l'Europe, nous sera révélée une civilisation telle qu'elle était il y a 1000 ans, une sorte d'immense musée vivant et formidable, avec des foules semblables à celles de l'an 900, simples, ardentes, intelligentes, fanatiques, impulsives. À notre contact, nous les verrons frémir, se réveiller, agir mais n'ont pas changer dans leur note pittoresque. Dans d'autres beaux pays on trouve des monuments aussi nobles, aussi beau comme architecture, mais on n'en peut trouver de plus mystérieux et de plus émouvant car l'esprit qui les animait, l'âme qui les créa les a quittés à jamais. Ici, l'âme d'Islam vit ardemment, s'épanouit sans contrainte, s'offre à nous avec son charme empreint de mélancolie, avec sa beauté voilée, avec son incomparable splendeur. Parti de Tanger, un itinéraire passera par Ouezzan, la ville sainte, par Rabat, la ville administrative, par Casablanca, le "Paris du Maroc", il tracera un long circuit par les villes rouges du sud et, remontant ensuite vers Meknès, par Fez, à qui rien ne peut enlever son titre de capitale, et par Taza la farouche. Dans ce voyage, pas de monotonie. Chaque cité, chaque bled possède un cachet particulier, une couleur originale. Le soleil est assez splendide pour parer chaque coin de l'empire d'une grâce nouvelle qui ne lasse jamais et qui offre une féerie inédite, incessante, magnifique.